mercredi 23 décembre 2015

Ishtar, traduit vers l'arabe par Faten Faour




BYBLOS



عشتار


أصرخي بيبلوس، أصرخي


ضد من هم أهلك

ضد التضحية بالطفل كقربان

ضد الجريمة التي ما تزال دون عقاب.

جبالك وأشجار أرزك تقف شامخة وتتذكر

حين ضربت الصواعق

معبد سليمان

والتهمت النار شفاه حزقيال

من حرق حياتي الأزلية.

ضد الريح الحارق اندفعت آرتميس

ضد الخنزير البري الذي قتل أدونيس

ضد الأسد المجنّح اندفعت عشتروت

ضد الزانية المقدّسة.

نحو الفيضان الأحمر لعالم الموتى السفلي لدى عشتار.

نحو من تنتّفت احياءا لذكرى ابنها

فليَنتقم من تقطّعت أوصاله

فلينتقم من هو خالد

فلتهتز الأرض رعبا

ولتنتفض بيبلوس.

فيتحول حقل الشوك الى ملك

وتلتهم رياح الصحراء ثوبه الأخضر.

طائر العنقاء يحتضر

والارجواني من الصدف

على جناحيه، على مياهه

يُلهّبُ البحر






Ishtar, in Les Métamorphoses d'Ishtar par Nadine Ltaif , Guernica 1987, réédition Noroît, 2008

traduit du français par Faten Faour



ISHTAR
À madame Monique Bosco

Hurle Byblos, hurle
contre tes Bybliens,
contre le sacrifice de l’enfant,
contre le crime demeuré impuni.
Tes montagnes et tes cèdres se soulèvent et
se souviennent.
Et que la foudre frappe
le temple de Salomon.
Et que le feu consume les lèvres d’Ézéchiel
qui incendie ma vie éternelle.
Contre le vent brûlant se lance Artémis,
contre le sanglier qui a tué Adonis.
Contre le lion ailé se lance Astarté,
contre la prostituée sacrée.
Vers les eaux rouges des enfers d’Ishtar.
Vers celle qui se scalpe en mémoire de son fils.
Que celui qui a été coupé se venge.
Que celui qui ne meurt pas se venge.
Et que tremble la Terre de terreur.
Et que se déchaîne Byblos.
Son buisson d’épines devient roi
et le vent du désert dévore sa toison verte.
Le Phénix se meurt
et la pourpre du murex
sur ses ailes, sur ses eaux
embrase la mer.



























dimanche 20 décembre 2015

Scènes de Carthage traduit vers l'arabe par Faten Faour


Site de Salambô à Tunis


مشاهدٌ من قرطاج



هذا الصباح

خُضْتُ في غَمَراتِ الموتِ

مُتَشَبِعَةً حِكمة



في سكونِ قرطاج

في أسرارها

وألغازها



جذور شجرة نخيل تطمر طوفاة



في ظلالِ بستان النخيل

ترقدُ شواهدُ قبور

الأطفال الموتى



وفي عمقِ الحقل

قطة

تحدّق بي

دون حراك



وأشجار النخل القرطاجي

التائب





في حراك التربة

تتصارع الأثالبُ

مع الجذور



الرابحون والخاسرون

يتعانقون



أشجار التين والبلح

والجريد الضخم

نحو الأرض ساجدون



وفي أقدم موقع لفتوحات الفينيقيين

إحدى الناجياتِ

يستقبلون



وللآخرين

حروبهم العبثية

يورثون



الذكور من الأطفال الرُضع

أُقيمت لذكراهم

الشواهد بالآلاف



أما الإناث منهم

فلا وزن لهنّ

لأن يشبعن

غليل المتوحشين





عندما كانت المدينة في خطر

داست الملوك الطاغية

على الضمير

بوزن فيل



كنت أصغي الى السكون

الضاغط

في المكان الشاهد

على نهم الآلهة





"لقد تم افتراسنا

ولم تتراوح أعمارها بضعة أيام،

أو بعد أن أُجهضنا، غير مرغوب بنا

عنوّة من الأرحام

أو عندما انتُزعنا بقسوة من الأحضان.

لقد تجرّدت أمهاتنا من مشاعرها

ونُلنا الحق بموت مجيد.

الذاكرة غنية

بمحارق قتل الأطفال".





تانيت

رمز الإلهة – الأم

المكلّلة بهلال القمر

تسهر على حزنها



والقطة

القادمة من سلالة الأجداد الأقدمين

تظهر في الطرف الآخر من الحقل

هذه المرة

مبتسمة لي



عندما التفتُّ نحوها

كانت قد اختفت



نادين لطيف

من ديوان "ضحكة الماء" الصادر عن منشورات دي نوروا 2004 كيبك، كندا



نقلته عن الفرنسية فاتن فاعور


Scènes de Carthage


Ce matin j’ai plongé
dans les bras de la mort.
Je me suis imprégnée de sagesse.

Dans le silence
le secret
le mystère
de Carthage.


Les racines d’un palmier enterrent un tophet.




Sous l’ombrage d’une palmeraie
gisent les stèles d’enfants morts

Une chatte au fond du site
dans la pose hiératique
me fixe immobile.


Des palmiers puniques
se figent pénitents.

Dans le mouvement du sol
les pierres se battent
avec  les racines.

Les deux : vainqueurs et vaincus enlacés.




Figuiers, dattiers, ou jerid immenses
prosternés vers le sol.

Le plus ancien site des conquêtes
phéniciennes accueille une des leurs
survivante.

Elles lèguent à d’autres
leurs vaines batailles.




Des nourrissons mâles
par milliers
ont reçu une stèle pour mémoire.

Les filles ne firent pas le poids;
elles n’assouvirent pas les sources cannibales.



Quand la ville était en danger
des rois cruels
firent peser sur la conscience
un poids d’éléphant.




J’entendais le silence
insistant
du lieu témoin
de la faim des dieux.




« Nous avons été mangés
âgés de quelques jours
ou bien à peine nés
avortés, indésirés
ou cruellement arrachés à notre sein.
Nos mères s’arrachaient les entrailles.
Nous avons eu droit à une glorieuse mort
La mémoire est glorieuse
d’holocauste
d’infanticides».



Le signe de la déesse-mère
Tanit oréolée du croissant
lunaire veille sur son chagrin.

La même chatte
réelle ancêtre
apparaît à l’autre bout du site.
Cette fois elle me sourit.


Quand j’ai relevé la tête
elle avait disparu.



de Nadine Ltaif
traduit en arabe par Faten Faour

in Le rire de l'eau, le Noroît, 2004

vendredi 4 décembre 2015

Mendiants et orgueilleux par Albert Cossery




Il était juste midi lorsque je me trouvais enfin dans la rue, sur le trottoir où, heureusement, une foule insouciante s'agitait à ses affaires. Je fus rassuré de retrouver mon quotidien avec ces autos, ces fiacres, ces charrettes, ces ânes et ces tramways. Sous un soleil de plomb, des femmes stationnaient devant les boutiques de tissus, elles discutaient comme toutes les femmes qui se respectent de bouts de chiffon et de tout le mal qu'elles pensaient de leurs maris ou de leurs belles-mères.
Des gosses s'amusaient à taquiner des chauffeurs de taxi, qui, pour se venger, n'hésitaient pas à en écraser quelques-uns, pour les faire taire ... Le tout en musique, résonnant partout dans la ville, et surtout ces chansons d'amour à la Dalida.

....
C'est un homme dont le métier est de mendier, c'est son travail en quelque sorte.
Il occupe toujours la même place, dignement comme un employé devant son bureau, Et se mets à la disposition de tous pour parler un peu de tout, de tout et de rien.
- Je t'attendais, me fit-il, ta seule vue m'enchante, j'aime bavarder avec toi.
- Tu me flattes, lui répondis-je, les affaires vont bien ?
- Je vais te raconter une histoire. Cela s'est passé dans un de nos villages pittoresques.....


Albert Cossery,  Mendiants et orgueilleux (roman), Joëlle Losfeld,  collection Arcanes, 1999




Cher Albert Cossery, 

Je les ai revus tous, vos personnages du quartier populaire, inchangés, mendiants et orgueilleux. Ne se laissant insulter ni même par un agent de police. "Pourquoi ? Est-il mieux placé que moi?" , risquant la prison, mais défendant jusqu'au bout leur honneur. Une pègre joyeuse, mais si misérablement riante. Sortie droit du Théâtre de Quat´Sous. Des pauvres gens réduits à voler des miettes. Survivant de-ci de-là, et empestant l'espace de mensonges. Commérant sur tout et sur rien. Blaguant surtout. Avec leur esprit clanique. Agrippés à des mentalités des siècles passés. Leur sourire de miel se transforme en fiel.   Ils essaient toujours de vous piéger, de vous surprendre au tournant d'une ruelle, alors que vous ne les attendiez pas . 















Dans le quartier autosuffisant comme un petit village poussiéreux, il y a le boiteux, le borgne, le bègue. Tout le monde connaît tout le monde. Les voleurs, les charlatans, les liseuses de bonne et de mauvaise aventure. Les jeteuses de sorts. Les mendiants respectables. Les macros, les magouilles, les intrigues, les coups bas.




Je me souviens quand la voiture filait à vive allure, conduite par un chauffeur à moitié aveugle, et guidé par un grand-père pacha, "Tourne à droite , puis à gauche osta Mhammad! Attention, il y a un âne ici!" 

La voiture file vers l'autoroute qui mène à l'aéroport, une moto la dépasse et nous arrête. Un jeune adolescent descend et vient me saluer. Il ouvre la portière et me parle en italien : "Buongiorno ! -Parli italiano? -Si. -Bene. Arrivederci. 

Un espoir jaillit sur son visage angélique. Il aura un destin à part ce petit, derrière ses lunettes d'intellectuel. Si seulement il avait la chance de faire des études universitaires. Faudra lui trouver un mécène. Un de ces pachas bourgeois qu'on rencontre dans vos livres, mon cher Albert. 





Le Caire et Venise, étrange ressemblance dans la décrépitude , elles voguent sur un air d'un Vivaldi orientalisé. Un film qui se passe sous vos yeux, auquel vous assistez, impuissant, comme ce cadavre qui ouvre votre roman Mendiants et orgueilleux , et que je suis en train d'illustrer par ces quelques photos.



















mercredi 18 novembre 2015

Venise

"Rien n'est le contraire de rien"
Philippe Sollers 


À Venise je n'ai fait qu'enregistrer des sensations. Emmagasiner des sons , des formes, des couleurs. Et le paysage comme une musique. Le mouvement des flots. Un film qui passe.
Venise est une histoire de temps et de rythmes. Des violons, un violoncelle et un piano, ... et le rêve. 
Venise est un profond sommeil duquel on aimerait ne pas se réveiller. Un bercement continu. 




Nos tente ans






Café Florian


Palais des Doges





Sur le pont des Soupirs
























La Salute mainte fois peinte par Monet et Turner
















La fête de la Salute