mardi 29 juillet 2014

Atelier de traduction 1 : Rula Jurdi - Une Élégie pour elle comme une métaphore - (poèmes traduits de l'arabe)


Une Élégie pour elle comme une métaphore

Rula Jurdi

1-
La voix qui me reste de toi
mène Séville à la couronne brisée
Et chuchote dans l'oreille du Wisigoth
le rire de Tareq
Ta voix est sur le point de
me réprimander
Elle atteint le mur de l'âme
Elle attend que je l'enveloppe  de
ton châle bleu
Ta voix me soulève dans
ma profondeur
Mais tes mains ne sont pas là
pour m'enlacer
Ni un coeur pour se surpasser
dans la beauté
Le cercle ne touche sa plénitude
que dans la mort


Ton absence défait les rideaux
des théâtres
Et je dois à présent oeuvrer
dans la vie
Dans mon coeur ta voix
est une dernière gazelle
Goutte après goutte mon pouls
est un rosaire dans mes veines
Les cordes dans tes mains
Je suis entrée
dans le tremblement final
Tu t'es solidifiée
dans la mort



Le sable a cimenté les arbres
Il a dansé jusqu'à la fin de la nuit
Puis s'endormit la rose
sur les lèvres d'une lettre
entrouverte
La passion me remplit
transparaissant de mes yeux
Je me frappe contre Dieu
Notre adieu est un soleil
à la gorge serrée
Et l'eau ressemble aujourd'hui
à un champ de coton
entraînant une neige d'inondation
Laisse avec moi ta voix
et n'aies crainte
Tu demeures dans le regard
des silencieux




Al-Khansa vint me voir pour
panser ma plaie
Je lui demandai :
peut-on s'échapper du poème ?
Tel un mannequin elle répondit
Sa bouche est un corps
inassouvi
Et ses yeux réputés pour
ses pleurs  
Reprochèrent à Sakhr
les cadeaux qu'il me fit
Il cria : si je meurs
ma soeur se déchirera
la peau
Le coq versera son cri
dans ses yeux
Des mots jaillirons
de lèvres qui ne me
connaissent pas




Pour Sakhr la citadelle
fortifiée
Les Arabes protégés de l'oubli
le couvrent d'éloquence
En multipliant ses lauriers
Mais plus jamais
ma soeur ne recevra
l'élégie
Déguisez-la dans les métaphores
parlez avec un accent léger
Que les pleureuses
vident leurs larmes dans
la mer
Sa voix en moi
est un printemps
dans ma poitrine serrée
Une musique sur
les rives du ciel
Prête à prendre forme





-1-
رثاءٌ لها في مقام المجاز

صوتُكِ الباقي هنا منكِ
يحملُ إشبيلية الى التاجِ المكسور
ويهمسُ في أذُنِ القوطيِّ
 ضحكةَ طارقْ
صوتُكِ  يوشكُ أن يعذِّبني
يأتي حتَّى حائطِ الروح،
ينتظر أنْ أُعطِيَكِ شالَكِ الأزرق
صوتُكِ يرفعني إلى عمقي
لكنّه لا يجد يديكِ تضمّانني
أو قلبًا في الجمال يضاهيه
ولايستكملُ استدارةَ الدائرة
إلاّ بالموت

يفكُّ غيابُكِ خيطانَ المسارح ِ
وعليَّ الآن أن أجيدَ الحياة
صوتُكِ آخر غزالةٍ في القلب
النبضةُ للنّبض مسبحَةٌ في عِرقي
والسلكُ في يدِكِ
دخلتُ ارتجاجَ الموت
ودخلتِ أنتِ في ثبوتِ الموت

الرملُ  سقَّفَ الشجرَ
رَقَصَ وعربدَ لآخِر وَتْرٍ لنا
فنام وَرْدُ الحرفِ
علا الشَّوْقُ عليَّ
وتسلّقَ  إلى الحدقتين
فأنا أتلاطمُ مع الإله
الوداعُ حَلْقُ شمسٍ مُغلقٍ
والماءُ قام اليومَ كسهلِ قطن ٍ
حاملاً ثلجَ الطوفان
دعي صوتَكِ معي واطمئنّي
فأنت في عينِ الصامتين

تمر ُّبيَ الخنساءُ لتعصبَ جُرحي
أسألها:  هل من الشعر فرار؟
تقول كعارضةِ أزياءٍ
جسدُها فمٌ غيرُ ملآن،
وعينٌ تشتهرُ بالبكاء
لاموا صخرًا على هداياهُ لي
فتبجّحَ: إنْ متُّ ستشُقُّ أختي جلدَها
يرمي الديكُ صيحتَه في عينيها
وستنطقُ أفواهٌ ما كانت تعرفني

لصخرٍ برجُ شِعرٍ منيع
ويُعصَمُ العربُ من النسيان
غَطّوه بالبلاغةِ
وأكثِروا من غارِ القوّالين
أمّا أختي فما عادت تستقبلُ الرثاء،
أُكسوها بالمجازِ وأَلحِنوا قليلا
أَطْلِقوا سراحَ البكّائين
ولْيَرموا في اليمِّ بأدمُعِهم
صوتُها الباقي معي
ربيعٌ يُقفلُ الضلوع
مقامٌ يصلُ بحافّةِ سماءٍ تتكوّن.



Extrait de Ghilaf al-Qalb, (La Peau du Coeur), Nelson éditeur, Beyrouth- Suède, 2013
Traduit de l'arabe par Nadine Ltaif




Rula Jurdi
est professeure associée d'histoire islamique à l'Université McGill à Montréal. Ses publications portent sur l'histoire intellectuelle et socio-politique des sociétés Chiites, incluant des articles, des entrées encyclopédiques et deux livres, le dernier étant écrit en collaboration avec Malek Abisaab. Elle a publié un certain nombre de poèmes dans les journaux libanais, américains et iraquiens. Elle a traduit des poèmes arabe en anglais, incluant ceux de Khalil Hawi, Mahmoud Darwish et Talal Haydar. Son roman Al-Khathâfa (La densité) est publié chez Nelson éditeur (Beyrouth et Suède). Le roman tisse trois histoires de la guerre civile libanaise marquées par le déplacement, l'amour inassouvi et le dérisoire. Son recueil de poésie, Ghilaf al-Qalb (La Peau du Coeur) est publié en 2013 chez le même éditeur. Elle a participé à de nombreux forums littéraires et culturels aux États-Unis et au Canada comme "Al-Andalus, mémoire de la Poésie arabe", à l'Université Yale (1991), la Littérature dans la Traduction et l'Histoire au Collège Skidmore (1996) et "La liberté de créer", par le Cénacle culturel Liban-Québec à Montréal (2013)






jeudi 24 juillet 2014